LA MANTE RELIGIEUSE

Ce matin, en entrant dans la cuisine pour prendre mon café, la tête dans le cul, je suis tombé nez à nez avec une mante religieuse énorme. Le genre de bestioles qui me fait bader. Bien verte, bien grosse et celle-ci était monstrueusement verte et grosse !!! Je dis pas ça pour me rendre moins ridicule, j’ai peur de tous les insectes et j’assume. Même les plus inoffensifs comme les gendarmes ou les papillons de nuit. J’assume. Mais les mantes religieuses pour moi c’est des boss de fin. Au même niveau que les cafards, punaises et frelons. Ceux que j’arrive pas à tuer. On parle d’une bête plus forte que son mec et qui le bouffe après l’amour. Elle fume pas une clope, elle boit pas un verre d’eau, elle va pas faire pipi ni chercher des lingettes. Elle bouffe son mec ! C’est pas une romantique. Alors, moi, j’étais pas son mec. Et on n’avait pas baisé. Normalement j’étais tranquille. C’était peut-être même un mâle, j’allais pas vérifier. Mais là elle était sur mon évier cette pute ! Evacuation immédiate de la zone tout en gardant le visuel sur l’ennemi. Analyse de la situation : fenêtre ouverte, ennemi supérieur, j’ai fermé la porte en me disant : on verra ce soir.

Toute la journée j’ai espéré qu’elle reparte comme elle était venue.

On est le soir maintenant, je rassemble toutes mes forces devant la porte de la cuisine. Je pourrais être aux portes de l’enfer que je serais moins effrayé. Je pose la main sur la poignée et la baisse lentement. J’ouvre et glisse un œil. Elle n’est plus sur l’évier. Je pousse la porte au maximum, en restant à un mètre de son pas. Il faut que je contrôle la zone. J’ouvre lentement : RAS sur la porte. Premier contrôle visuel sur environ un quart de la cuisine : RAS. J’avance les yeux rivés au plafond : RAS. Tout autour de la porte : RAS. Je peux entrer. Je reste à proximité de la sortie et j’ai maintenant un visuel total : RAS. Pas la force de fouiner, je referme la fenêtre et sécurise le périmètre en fermant aussi la porte.

Prochain contrôle dans trente minutes. Le temps de me remettre de mes émotions en roulant un joint. Je veux croire qu’elle n’est plus là, mais je ne peux m’empêcher de craindre le contraire. Je dois en être sûr.

Même mode opératoire. J’ouvre RAS, je pénètre RAS, visuel total : putain de merde elle est sur le frigo !!!

Immobilité totale de part et d’autre. Pourquoi elle est pas partie cette connasse ? Elle aurait retrouvé son petit train-train quotidien en me rendant le mien ! C’est sûr, elle veut me bouffer. C’est elle ou moi. J’en ai des sueurs froides. Elle me fout une trouille bleue et elle est dans ma cuisine ! Pas le choix. Faut que je crève cette saloperie. Et elle le sait.

Je garde mon sang froid et réfléchis à la meilleure méthode possible. J’ai pas d’insecticide, preuve que ma phobie des insectes est moins grande que ma connerie. J’ai du décapfour alors que je nettoie jamais mon four. Normal puisque je m’en sers pas. Mais j’ai pas d’insecticide ! Il est hors de question que je l’accompagne à la fenêtre en la transportant gentiment sur un magazine. Je supporterais pas de la voir de si près. En plus il me semble que ça vole ces saletés là ! Faut que je l’écrase, pas le choix. Ya bien l’aspirateur mais elle est tellement balèze que j’ai peur qu’elle survive dans le sac et qu’elle arrive à en sortir pour me bouffer la tête cette nuit pendant mon sommeil. Oh ! Je pourrais appeler un pote ! Enfin un ami, un vrai, prêt à se déplacer, à m’en débarrasser sans faire semblant de la jeter sur moi, capable de pas (trop) me vanner. J’ai pas ça dans mon répertoire. Faut que je l’éclate. L’aspirateur me servira quand elle sera morte.

Etant dans l’incapacité totale de la faire tomber du frigo pour lui marcher dessus et l’entendre craquer sous mon pied, ne pouvant non plus m’approcher suffisamment pour lui foutre un coup de journal dans la tronche, j’opte rapidement pour le balai. Il m’offre une distance de combat raisonnable, mais sa maniabilité est compliquée par l’encombrement du terrain. L’ennemi se situe sur la porte du congélo, à environ 20 cm du sol. Il faut le frapper comme une balle de baseball, mais le placard en face du frigo ne permet pas d’armer le balai correctement.

Je me concentre, me rassure et me motive. Tout va bien se passer, un coup d’aspi derrière le coup de balai et ce sera réglé. Je tremble, je transpire et vois flou. J’arme, je vise, j’arme, je vise, j’arme, je vise. Après une dizaine de faux départs, je frappe de toutes mes forces !!! À côté !!! Juste à côté, elle a seulement été touchée par les poils du balai alors que j’ai défoncé mon frigo avec le manche !

Ennemi à terre, mais il se relève, frétille et avance vers moi !!! Putain elle fonce et fait un bruit de malade !!! C’est la panique, la guerre est déclarée. Je peux tout de même pas battre en retraite face à la contre-attaque d’une bestiole de cinq centimètres. Dans ma propre cuisine ! Si encore on était chez elle, mais là non ! Elle continue d’avancer et mon instinct de survie guide mes bras. Je lève le balai et l’abat sur elle à la vitesse de l’éclair et d’une force insoupçonnée. Elle continue de frétiller et d’avancer, dressée sur ses pattes avant, me défiant d’un air menaçant. C’est Iron Mante religieuse ou quoi ?!? Là, j’entre dans un état second, je la frappe encore et encore et encore, le balai peut se briser sur le sol d’un coup à l’autre, et enfin, elle se tait. Je l’ai éparpillée façon puzzle.

Je suis défait, en sueur et frissonnant. Ma tête tourne et mes jambes tremblent. Je contrôle le cadavre ennemi une dernière fois. C’est bon, elle se relèvera pas.

Je vais me calmer en terminant mon joint.

Un coup d’aspi et ce sera fini.

JoE

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