UNE BALLE DANS LE BARILLET

Cet enfoiré n’a qu’une balle dans le barillet. Me demandez pas comment j’en suis arrivé là. Parfois la vie est compliquée. On fait des choix, ou même pas. Et on se retrouve planté seul comme un con face à une balle dans un putain de barillet.

Une balle dans un barillet, c’est une chance sur six de mourir. Donc cinq de vivre. Et pourtant je me sens pas favori.

Pourquoi je me retrouve devant cette grande tige qui m’agite son calibre sous le nez comme s’il voulait me le foutre au cul ? Je lui ai jamais rien fait, ni même rien demandé. Si seulement je l’avais déjà vu. J’ai juste choisi d’être là. Je m’attendais pas à être à l’aise. Mais putain j’avais pas imaginé que ce serait à ce point.

Et puis merde une chance sur six c’est PRESQUE rien. Ce qui me fait suer, c’est qu’on peut pas PRESQUE mourir d’une balle dans la gueule. Et voilà, il y a quand même une balle dans ce putain de barillet. Il faut que ma vie défile dans ma tête, c’est le moment je crois. Ai-je été bon ? Ou du moins pas trop mauvais ? Est-ce que ça vaut le coup de continuer ? Qu’est ce que je changerais, ou pas ? A quoi pense cet enfoiré ? Mon esprit s’embrouille. Je pense à trop de trucs.

Il baisse pas le regard le salopard, comme s’il avait six balles dans le barillet.

Mon cerveau me rappelle ses limites en donnant la parole à sa petite voix. Elle me saoule celle-là. Elle débarque toujours quand mon cerveau lâche l’affaire. Et le pire c’est que je peux jamais rien faire. Elle est là. En général elle se prend pas trop la tête la petite voix. Elle me sort toujours les mêmes conneries.

« Tu vas regretter de pas le faire » ou « Tu vas pas te faire fumer sans rien dire ». Mais ma préférée sans hésiter c’est quand elle me balance un « Vas-y on s’en branle ». Mais on s’en branle de quoi pauvre conne ??? De mourir c’est ça ? Je t’écouterais pas cette fois.

Mais si c’était la petite voix de ce mec qui l’avait amené à me braquer. Si la sienne est aussi dingue que la mienne, il a peut-être même pas une balle. Juste son canon pointé sur moi et il balise à l’idée que je le défie de tirer.

Non c’est pas possible. Je sais qu’il y a une balle dans le barillet. Faut que je me décide maintenant, c’est trop long. Et puis j’en ai marre de ce bordel dans mon crâne. Quand je pense que bientôt j’en aurais peut-être même plus.

Il n’y a qu’une balle dans le barillet, ça va passer, c’est sûr. Je vais m’en vouloir d’avoir hésité. Il n’y a qu’une putain de balle dans ce putain de barillet !

Pourquoi ça m’arriverait maintenant en plus. Ce serait pas juste, je lui ai rien fait à cet enculé. Il veut me faire croire qu’elle est là, engagée dans le canon, prête à m’exploser la tête. Il veut que je le craigne au point de me coucher le ventre à terre. Pour lui laisser reluquer mon cul pendant qu’il se barre avec mes thunes, mes rêves et ma dignité.

Mais tu me connais pas. T’as mal perçu le bonhomme mon pote. T’as même pas idée de ce que j’ai fait. Tu te crois fort et tu fais le fier alors qu’une seule balle peut m’arrêter.

Et pourtant c’est cette unique balle qui me fait douter. Toujours une chance sur six de me faire fumer. Mais moi je l’emmerde la chance, je suis plus fort qu’elle et si elle veut ma peau va falloir le prouver !

C’est là que je me suis jeté sur lui. J’ai oublié mon cerveau, ma petite voix, ce fils de pute face à moi et aussi la balle qui n’attendait que de me flinguer. Je me suis jeté simplement parce que je pensais pas mériter ça. Non vraiment le destin n’avait aucun droit de m’infliger ça. Alors pour moi c’était sûr, la balle n’y était pas. Et pour tout dire même si elle y était, j’en avais plus rien à foutre. Vivre ou mourir de toute façon c’était pareil. Je voulais savoir.

Il n’y avait qu’une balle dans ce putain de barillet. J’ai senti mes intestins se retourner au moment où il m’a souri d’un air niais. Juste avant de presser la détente. Le ventre comprend toujours avant le cerveau qu’on est mal barré. Et la balle m’a traversée le crâne avant de me briser le cœur. J’ai senti un vide. Ce vide qu’on ressent à chaque fin d’un truc qu’on aime bien. J’étais plus là. Je voulais rester et partir loin. Me battre encore et me cacher. Je savais pas si je devais en rire ou en pleurer. Je crois que j’ai seulement soupiré.

Je me suis levé. J’ai salué les six joueurs de la table sans réussir à quitter cette PAIRE D’AS des yeux. La seule main qui me battait, du début à la fin. La seule balle dans le barillet. Et bien sûr il l’avait…

HanK

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