Kathrine Switzer, 1ère femme officiellement inscrite à un marathon, résistant aux officiels qui tentent de l’arrêter

SOUFFLE ET MACADAM

Quelle folie m’a prise ? Que me vaut cette souffrance ? J’aurais eu meilleur goût de me briser une jambe le jour où cette désastreuse idée m’est venue ! Certes, je serais encore alitée, mal en point, mais buvant du thé accompagné de petits gâteaux et d’un peu de chocolat. Au lieu de cela, je me suis jetée dans la furie.

Je m’attendais au bruit, aux bousculades, à ce qu’on me marche sur les pieds. J’imaginais bien quelques remontrances quant à ma présence, misérable jeune femme sans homme à attendre, au cœur de cette manifestation dont la popularité n’a d’égal que le machisme. Oh oui, je savais que le plaisir ne serait pas facile à atteindre. Et alors ? Il ne l’a jamais été de toutes façons. Je voulais être ici pour mille ans de raisons. Je découvre maintenant qu’en plus d’être stupides, leurs passe-temps sont d’une cruauté inimaginable. Ces douleurs, mon Dieu. Ce feu qui brûle mes poumons. Ces milliers de coups de couteau me déchirant du ventre aux mollets. Et mes pieds, Jésus Christ, mes pieds semblent chaussés de braises.

Je dois avancer. Ne regarder que le macadam. Et avancer. Ne pense à rien. Avance. Souffle. Voilà, souffle et macadam, souffle et macadam.

Souffle et macadam. 

Mais lâchez moi bougre d’abruti ! Je cours depuis trois heures ! Mon corps est en guerre et ma tête en folie. Trois heures à penser à vous, à moi, à mon passé, mon avenir, trois heures à essayer de ne penser à rien ! Non je ne vous rendrais pas ce numéro. Il y a trois heures je m’y serais refusée par fierté et soif d’égalité. Maintenant je veux savoir pourquoi vous vous infligez cette torture. Quel diable vous pousse à ce tête à tête avec chacun de vos muscles, tendons, ligaments et articulations ? A ce combat inégal entre l’extrême douleur que l’entièreté d’une ossature contient, et la faiblesse de l’esprit à la dominer. Pendant 42,195 kilomètres ! Je viendrai à bout de ce macadam. Je sais que je le peux, et c’est exactement pour cela que vous m’en empêchez. Vous avez peur. Épargnez-moi la tirade de l’homme protégeant la faible femme. Non ce n’est pas trop dur, nous enfantons monsieur ! Et nous ne pourrions pas venir à bout de 42,195 kilomètres de souffrances ? Vous avez peur. Peur qu’une fois cette ligne passée par l’une des leurs, les femmes comprennent que rien n’est réservé aux hommes. Vous craignez pour vos places messieurs. Si je peux courir un marathon, je peux être pompier, policier, pilote d’avion. Je pourrais même être cosmonaute si le cœur m’en disait. N’y a-t-il personne pour retenir ce forcené ? Merci monsieur, merci beaucoup.

Souffle. Souffle et macadam. Battez-vous donc à la loyale. Ce ne sont pas vos places que nous voulons. Souffle et macadam. Souffle et macadam. Nous voulons simplement être libres de les courtiser ou non. Souffle et macadam. Souffle et macadam. Avance. Il y en aura d’autres. Aucun ne pourra t’arrêter. Avance.

Souffle et macadam. Souffle et macadam. Souffle et macadam.

CélinE

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