FIN DE CAVALE

Joe se réveille. Seul. Une fois de plus. Avec supplément gueule de bois aujourd’hui. Le soleil se couche. Il sourit en voyant briller 19h32. Il se dit que certains rentrent du turbin. Des familles dînent, et plongent dans cette routine qu’il fuit comme les femmes. Car l’une ne va pas sans l’autre. Forcément. Le malheur des autres le fait marrer. Et oublier le sien.

Il trouve enfin l’énergie pour se lever. Chaque pas résonne dans son crâne. Sa bouche est pleine d’une pâte nauséabonde. Son ventre grogne comme un ours. Il se sert une vodka, vide son verre et remet ça. Son estomac se tait pour laisser chanter ses intestins. Deuxième plaisir de la journée : chier.

La faim se manifeste de nouveau. Un bout de pain mou, une sauce jaunâtre, et tout ce qui résiste encore aux moisissures dans son frigo. Une aspirine. Joe arrose son repas d’une bière. Et rote.

Direction le canapé. Les yeux grands ouverts, l’esprit fermé. Il laisse s’écouler deux heures. Trois joints. Et huit bières. Sa vessie en a vu d’autres. Elle n’a jamais fait le poids face à la flemme. Joe ne bouge pas de son fauteuil pour moins de deux actes. Partisan de l’effort optimisé. Et pisser ne compte pas double. Il n’a rien d’autre à faire. Jusqu’à maintenant. Il est temps de prendre l’air. Au bar du coin. Les toilettes sont sur le trajet.

Joe doit retrouver ses compagnons d’évasion. Ils fuient comme lui. Et ils fuient tout. Le travail, les gens, les femmes, les flics, les responsabilités, les emmerdes, la routine. Mais ils changent jamais d’endroit pour le faire. Une belle bande de cons. Conscients d’être complètement incompétents.

Le bar est plein. Il commande un whisky sec au barman. Puis rejoint la table ronde du Roi Branleur. Deux chevaliers seulement sont présents aujourd’hui. L’ambiance est lourde, l’heure grave. Ces évadés sentent la fin de leur cavale arriver. Ces pauvres mecs sans avenir ont deux sujets favoris : le sexe et l’argent. Joe baise rarement, donc ne parle que du second. Mais d’une manière bien précise : comment gagner de l’argent sans rien foutre ? Et assez pour que ça dure jusqu’à la fin.

Devant l’échec accompli, les évadés se soutiennent. Ils s’aident à prolonger la cavale. En vrai ou en rêve, peu importe après tout. Ils sont tous sans le sou. En mode survie. Ne pas travailler pour gagner peu. Mais la société les rappelle à l’ordre. L’argent toujours. Se vendre pour en gagner. Ou trouver l’idée. Ils cherchent encore, en résistant. Leurs armes sont puissantes : allocations diverses, petits deals, black, manche. Mais les munitions viennent à manquer. Leurs options ne sont pas des plus reluisantes. Rejoindre le troupeau des exploités, ou celui des clochards. Trouver la formule qui fera sentir bon la merde, ou gagner au loto. Logiquement ils devraient bientôt chercher un boulot. Face à cette déprime collective, Joe décide d’élever le débat :

Joe : Pour combien vous boiriez une vodka-pisse de chien ?

Déprimé n°1 : Ta gueule tu sers à rien.

Déprimé n°2 : Pour une deuxième !

Intéressé n°1 : C’est de la merde ta question. Tu sucerais ton père pour un million ? Ça c’est intéressant. 

Le débat est ouvert. Nul ne sait où il ira. Les verres se vident. Le meilleur est à venir.

Joe : Jamais je sucerais mon père, t’es un malade.

Vicieux n°1 : Et pour 100 millions ?

Joe : …..

Amusé n°2 : Ahahaha la grosse pute, il sucerait son père pour se blinder !!!

Joe : T’es fou j’ai jamais dit ça. Faut juste que je réfléchisse. Une vie entière assurée contre une misérable petite pipe. Ça s’étudie. Bien sûr je refuserais. Mais niveau regrets je sais pas si j’assumerais.

Ecœuré n°1 : C’est horrible d’y réfléchir. Je sucerais jamais mon père pour de l’argent.

Joe : Par contre gratuit ta conscience te le permettrait, hein mon salaud !

Intrigué n°2 : Le problème c’est le daron. Impossible d’être objectif. Tu sucerais un mec pour un million ? Tu le revois jamais et personne le sait. 

Personne n’est là pour leur dire qu’ils dévient. Il y en a peut-être un qui va finir par enculer le caniche du barman pour un whisky gratuit.

Joe : Rrrraaaaaahhhh ouais je crois bien. Enfin non un million c’est pas assez. Faut que je me mette bien pour le restant de mes jours. Et une thérapie c’est pas donné.

Homo-refoulé n°2 : Ça va, sucer une queue c’est pas comme se battre avec Mike Tyson. Plein de mecs le font. On va pas te payer des milliards pour une pipe alors que ta mère le fait pour un kebab.

Joe : Rêve pas, t’auras jamais les moyens de t’offrir ma mère. Moi je te le dis, je sucerais pas un lascar si ça change pas ma vie. T’enculerais une chèvre pour un million toi ?

Homo-zoophile refoulé n°2 : Direct !!! Je la ferais couiner sévère à ce prix là. 

Le caniche commence à trembler.

Joe : J’espère vraiment être millionnaire un jour pour voir ça.

Fier n°1 : Moi on m’achète pas. Question de principe, je suis pas une putain.

Joe : Pareil. Sauf que j’ai l’honnêteté de dire que je négocierais le montant de la récompense. Je suis pas à vendre, sauf si t’y mets le prix.

Pervers n°1 : OK on enlève le paramètre financier. Tu préfères sucer une queue ou te faire enculer ? 

L’imagination est leur seule richesse. Et ils sont plutôt dépensiers.

Joe : C’est quoi l’intérêt si j’ai rien à gagner ?

Excédé n°2 : Mais pense pas qu’aux thunes putain ! T’as toujours besoin d’une carotte pour bouger ton cul ! Penser ne coûte rien alors essaie de répondre.

Joe : Je pense autant que toi mon pote. Et en plus je réfléchis. Pourquoi j’aurais à choisir entre sucer ou me faire mettre ? Pour du blé ça prend un sens. Si on admet que cette discussion veuille en avoir un. 

Un soupçon de lucidité noyé dans une masse de médiocrité. Cela suffira-t-il à les faire changer de sujet ?

Génie n°1 : Imagine qu’un taré enlève ta mère. Pas de rançon mais pour la sauver tu dois l’enculer. Ou te faire enculer par le mec.

Joe : Je lui dis d’enculer ma mère et tout le monde est content. 

Ah non pardon, ils fuient la lucidité aussi.

Blasé n°2 : T’es une merde. Non t’es rien. T’existes même pas. T’es le ver du fruit de notre imagination.

Joe : Ahahahahha classe le poète ! Mais je suis bien réel. Demande les vidéos à ton daron, tu verras que le ver est souvent dans ta mère.

Moraliste n°1 : Moi je lui dirais de m’enculer. Alors que pour cent millions je refuserais. Mon cul n’a pas de prix mais ma mère vaut bien plus que ça.

Fils idéal n°2 : C’est clair ! Je lui donne mon cul et je sauve ma mère.

Joe : Super, tu t’offres deux semaines à chier du sang en privant ta mère d’un orgasme.

Fils faussement indigné n°1 : Va te faire enculer !

Fatigué n°2 : Laisse le baver. Il joue l’impertinent mais va manger tous les dimanches chez papa-maman.

Joe : Les gars je vous kiffe. Vous vous prenez pour des mecs bien. Vous imaginez même pouvoir être des héros sauvant leurs mères du gland d’un sodomite. L’un baiserait une chèvre mais l’autre est invendable. Tu veux bien sucer mais pas te faire limer la rondelle. Pourtant quand je suis arrivé, vous étiez tous les deux d’accord pour dire qu’il était temps de trouver un boulot. Cent putain de millions achètent pas ton fion, mais pour un salaire de merde t’es prêt à te foutre à quatre pattes cinq jours sur sept. Vous êtes encore jeunes, et légers. Personne me bandera dans le dos pour des poussières. Mais je vous jure que si un fils de pute de millionnaire pervers veut louer mon cul, je lui prendrais une fortune qui soignera mon corps, mon âme et ma conscience. 

Joe termine son verre et se lève. D’un signe de tête, il fait comprendre à ses compagnons que demain il sera là. Ils lui rendent ce geste. Et replongent dans leurs pensées.

TiF

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