MELODRAME

Jack marchait sur la plage, les pieds submergés par de petites vagues irrégulières. Là où l’Eau discute avec la Terre. Il évita un gros bout de verre de justesse. Il faisait encore bon et les nuages qui traversaient le ciel depuis le matin promettaient un coucher de soleil multicolore. Sans eux la fin du jour est sans relief, d’une banalité infinie. Jack remonta vers le sable sec, s’assit, roula un joint. Le spectacle commençait. Cette énorme et lointaine boule de feu produisait ici toutes sortes de bleus, de rouges, de jaunes, avant de disparaître. Des roses, des oranges, des violets. Ça évoluait d’une minute à l’autre. Le sombre et l’éclat se mêlaient. La lumière faisait une cour démente à l’obscurité.

Une voix féminine demanda au dos de Jack s’il avait une cigarette. Après un bref instant suspendu, il tira une bouffée et souffla lentement la fumée vers le ciel. La fille prit ça pour un oui et vînt s’asseoir à côté de lui. Il lui tendit une cigarette et son briquet sans quitter l’horizon des yeux.

— Oh que c’est bon… Merci.

Jack tourna la tête vers elle et posa le regard sur un visage à faire pâlir le ciel.

— T’as pas fumé depuis quand ?

— Une éternité !

Tous les nuages du monde pouvaient danser entre soleil et mer, jamais ils ne pourraient créer une lumière pareille.

— Et que vaut à cette clope l’honneur de rouler entre tes doigts ?

— Je crois que mon Homme veut me quitter.

Jack tourna la tête vers l’horizon. Les hommes ne se satisfaisaient donc de tout, non plus.

— Tu dois vraiment être pénible pour qu’un mec veuille quitter une si belle créature.

Parce qu’elle n’avait pas que des yeux. De sa peau à ses cheveux en passant par la silhouette que Jack devinait sous sa robe à fleurs aérienne, jusqu’aux lignes de ses jambes lisses plongeant dans le sable, il trouvait même du charme à ses genoux.

— Merci pour le compliment.

— Sérieux, pour quelle autre raison sinon ?

— Je ne sais pas. Parce qu’il s’est lassé, ou qu’il en a trouvé une autre mieux que moi ! Ou peut-être croyait-il que j’encaisserais toutes ses conneries sans broncher !

— Ah ! Voilà ! Je suis sûr que tu râles pour un rien.

— Non, les riens je les gère. Et je ne râle jamais. Je lui envoie des signes mais il ne les voit pas. Alors j’explose. Quand il me pousse à bout je me transforme en tornade, je fais tomber la foudre sur lui, je le noie sous des tsunamis de rage et de désespoir pour le faire réagir. Mais rien n’y fait, il s’en moque.

Jack tira une bouffée et lui tendit le joint. Elle planta sa cigarette dans le sable. Il aimerait bien planter autre chose ailleurs.

— S’il t’énerve à ce point, c’est toi qui devrais le quitter.

— Non. Je veux que ça s’arrange, qu’on soit comme avant. Complices. Attentionnés. Complémentaires.

— T’as essayé de lui parler au lieu d’envoyer des signes ?

— Les signes sont clairs ! On ne se parle plus, on ne se câline plus, il ne me regarde plus. Avant il passait des heures à me parcourir des mains et du regard, il me disait que j’étais faite pour lui, belle, surprenante, généreuse… Il pensait que l’Univers tournait autour de moi… Il faisait de moi son terrain de jeux, son jardin, son havre de paix. Je le comblais. Il disait que prendre soin de moi l’aidait à grandir. Il suivait ma cadence et je lui laissais croire l’inverse. C’était l’harmonie… Il s’est éloigné petit à petit. On faisait tout ensemble. On arrivait même à ne rien faire ensemble… On se découvrait. Maintenant tout est… mécanique.

— Tu veux dire que vous baisez plus du tout ?

Elle tira une grande bouffée, se tourna vers Jack, et lui souffla la fumée au visage. La tension sexuelle montait enfin.

Ça s’arrangera jamais. Revois tes exigences à la baisse ou barre-toi.

Sympa !

Ton histoire je l’ai déjà entendue cent fois. Plus quelques-unes que j’ai vécue moi-même. Vous perdez votre temps. Quittez-vous, recommencez ailleurs, ce sera pas la fin du monde.

Si… il n’y a pas d’ailleurs.

Bah si !

Non…

Bah si !

Non ! Imagine que ce soit la fin du monde si je le quitte, ou si je le fous dehors pour être exacte, littéralement !

Ah les femmes et les mélodrames, une grande histoire ça aussi.

Elle lui tendit la fin du joint et se leva. Jack chercha une répartie mais elle reprit.

Je dois voir beaucoup d’autres personnes avant de prendre ma décision. Merci pour ton aide. N’oublie pas mon mégot dans le sable, et arrête de jeter les tiens n’importe où, je mets des années à les digérer.

Dan LovE

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